Le DVD : l’avenir de la vidéo et du multimédia

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Posté par : Pierre à 15 h 41

(À NOTER : Le présent article est une version plus longue de l’article paru dans le numéro d’Entre Nous du mois de mars 2001.)

Vous avez tous sûrement entendu parler de ce nouveau format de disque compact, le « DVD ». Mais de quoi s’agit-il exactement? Et quelles sont les implications de ce nouveau format en éducation?

Il est encore un peu trop tôt pour savoir exactement ce que l’avenir nous réserve dans ce domaine, mais, en ce début de nouveau millénaire, on en a déjà une bien meilleure idée.

Un nouveau nom pour une nouvelle capacité

Tout d’abord, que signifie « DVD »? Contrairement à une idée assez répandue, ces lettres ne signifient pas « digital video disc », mais « digital versatile disc ». Autrement dit, il s’agit d’un « disque numérique polyvalent ». Pourquoi avoir choisi ces termes? Parce que, dès le départ, les concepteurs du DVD — il n’existe pas de nom français équivalent — ont voulu insister sur le fait que les possibilités offertes par ce nouveau format ne se limitaient pas à la vidéo. Certes, le DVD est appelé, à terme, à remplacer la cassette vidéo, mais aussi le CD de musique, le CD-ROM, le CD-R (CD enregistrable), le CD-RW (CD ré-enregistrable), etc.

Comment cela est-il possible? Tout d’abord, bien que le DVD ait la même taille (12 cm de diamètre) et la même apparence que le CD, il faut savoir qu’il est capable de contenir bien plus d’informations. Pour donner une idée de l’ordre de grandeur, un CD ordinaire peut contenir jusqu’à 75 minutes de musique, tandis qu’un DVD pourrait théoriquement contenir jusqu’à plus de vingt fois ce montant, c’est-à-dire près de 25 heures de musique de même qualité!

Comme il s’agit d’un format numérique, on mesure sa capacité en méga-octets (un million d’octets ou 1000 kilo-octets; abréviation « MO ») ou en giga-octets (un milliard d’octets ou 1000 méga-octets; abréviation « GO »). Le CD peut contenir plus de 650 MO, le DVD commence à près de 5 GO. Et ce n’est que le début! D’après les ingénieurs qui ont conçu le DVD, sa capacité pourra aller, à terme, jusqu’à 17 GO!

Cet exploit a été rendu possible par la mise au point de rayons laser beaucoup plus fins et beaucoup plus précis et l’emploi d’un système de « couches » qui permettent d’enregistrer les informations de façon beaucoup plus condensée et sur deux couches légèrement décalées l’une par rapport à l’autre. De plus, le DVD, à la différence du CD, peut avoir deux faces, c’est-à-dire qu’on peut enregistrer des données des deux côtés et doubler ainsi la capacité du disque — sans pour autant que cela empêche d’imprimer du texte et des graphiques sur la surface du disque, comme sur la face inutilisée des CD actuels!

Un nouveau support pour la vidéo

La première application de cette nouvelle technologie — et, pour l’instant, la plus connue — est l’enregistrement vidéo. Il faut préciser tout de suite, cependant, que, même avec une telle capacité, le DVD ne suffit pas à contenir deux heures de vidéo non compressée avec un son stéréo de qualité CD. La vidéo est en effet un support extrêmement gourmand en capacité numérique et il faudrait des dizaines de giga-octets pour enregistrer un film de deux heures sur support numérique.

Comment arrive-t-on alors à avoir un film de deux heures sur un seul DVD? Grâce à un algorithme de compression. En effet, alors que le CD de musique n’utilise pas de système de compression pour enregistrer les informations musicales, le DVD, en revanche, fait appel à un algorithme de compression appelé « MPEG-2 » (l’acronyme désigne le « Moving Picture Experts Group », qui fait partie de l’ISO). Cet algorithme permet de réduire la taille d’un enregistrement vidéo de grande qualité (jusqu’à 1280 x 720 pixels à 60 images par seconde avec un son de qualité CD) à quelques giga-octets pour deux heures de film — et ce, sans perte véritablement perceptible de qualité. Si vous regardez attentivement un film d’action très rapide avec des séquences où les choses bougent très vite, vous remarquerez peut-être quelques petits défauts mineurs d’image. Mais, pour l’immense majorité des enregistrements vidéo, la qualité de l’image est impeccable — et nettement meilleure, d’ailleurs, que celle d’un enregistrement sur cassette vidéo traditionnelle (VHS).

(L’algorithme MPEG-2 est aussi utilisé par les fournisseurs de télévision par satellite, comme ExpressVu et StarChoice au Canada. Il sera également utilisé pour la télévision haute-définition — HDTV — qui devrait prochainement se substituer à la télévision traditionnelle que nous connaissons depuis des décennies. Le groupe MPEG travaille également sur un nouveau format numérique, le MPEG-4, basé sur le format QuickTime d’Apple, qui sera encore plus performant et polyvalent.)

D’autre part, comme la lecture se fait par laser, on bénéficie des mêmes avantages qu’avec le CD, à savoir que le support ne s’use pas. Pour peu qu’on en prenne soin et qu’on ne le laisse pas traîner dans des endroits où il risque de se salir et d’être rayé, le DVD a une très longue durée de vie et ne souffre pas des lectures répétées, à la différence des cassettes vidéo — ce qui en fait un excellent support pour l’utilisation en éducation!

Comme tout est numérique, on peut aussi explorer le contenu du DVD avec la même souplesse que celle avec laquelle on peut « sauter » d’un morceau à l’autre sur un CD de musique. Fini les rembobinages à n’en plus finir et les allers et retours pour essayer de trouver une séquence particulière dans un film! Le DVD offre même généralement des « menus » qui fonctionnent comme des « tables des matières » interactives qui vous permettent de choisir directement la section que vous voulez regarder.

De surcroît, en raison de l’énorme capacité du DVD, il est possible d’avoir, sur le même disque, la version anglaise, la version française et la version espagnole d’un même film. Vous choisissez alors la langue dans laquelle vous voulez regarder le film et voilà. Plus besoin d’acheter une cassette différente pour avoir la version française!

La vidéo est donc la toute première application pour laquelle le DVD a été utilisée. Les premiers lecteurs de DVD pour le grand public ont été lancés il y a plus de deux ans — mais les prix ont nettement chuté depuis. En moins de deux ans, plus de douze millions de lecteurs de DVD ont déjà été vendus rien qu’en Amérique du nord, ce qui en fait d’ores et déjà le produit le plus rapidement adopté par les consommateurs dans l’histoire de l’électronique grand public! Les DVD pré-enregistrés sont certes un peu plus chers que les cassettes vidéo pour le même film, mais la différence de prix est vite compensée par la durée de vie du support — et, le plus souvent, le DVD contient des séquences supplémentaires qui ne sont pas incluses sur la cassette du même film.

Il ne fait donc aucun doute que le DVD vidéo va désormais faire partie de la vie de tous les jours et va supplanter la cassette vidéo chez un grand nombre d’utilisateurs.

Le CD, c’est fini?

Qu’en est-il de l’avenir des CD de musique? Est-ce que le DVD, avec son potentiel de plus de sept heures de musique, va rendre caduque toute votre collection de disques compacts? Est-ce que vous allez devoir remplacer tous vos CD par des DVD, comme vous avez dû remplacer tous vos disques vinyle par des CD il y a quelques années? La réponse est : oui et non.

La réponse est non, parce que tous les lecteurs de DVD sont également capables de lire vos CD sans difficulté. Il vous suffit de brancher votre lecteur de DVD à votre chaîne stéréo et vous pouvez alors continuer à utiliser tous vos CD comme avant, avec la même qualité de son et la même facilité d’utilisation.

La réponse est cependant aussi oui, parce que le DVD offre de nouvelles possibilités qui risquent de pousser certaines personnes à vouloir remplacer leurs CD par des DVD.

Pour commencer, j’ai mentionné plus haut que le DVD pouvait contenir plusieurs heures de musique de qualité CD. C’est vrai, mais ce qu’il faut savoir, c’est que, si la qualité CD est excellente et satisfaisante pour beaucoup de gens, elle n’est quand même pas « parfaite ». Pour enregistrer de la musique sur CD, en effet, on l’« échantillonne », c’est-à-dire qu’on la découpe en morceaux à raison de 44100 par seconde. On parle généralement d’échantillonnage à 44 KHz. C’est une fréquence qui va bien au-delà de ce que l’oreille peut percevoir, mais il n’empêche que notre oreille est un organe de perception « analogique » qui perçoit les sons en continu et non par petits morceaux, si petits soient-ils. Il y a donc bien des gens — et pas seulement des audiophiles maniaques — qui soutiennent que la qualité CD est quand même nettement inférieure au son « naturel » analogique tel que le perçoit l’oreille.

Pour ces gens-là, le DVD apporte une solution. Au lieu d’enregistrer le son à 44 KHz pour une durée de 7 heures, on peut l’enregistrer à une fréquence double pour une durée deux fois moindre. Ou bien — pourquoi pas? — à une fréquence triple pour une durée trois fois moindre. Avec la capacité du support numérique qu’est le DVD, les possibilités sont presque infinies.

D’autre part, on peut aussi tenir compte d’une plus grande palette de fréquences. Le CD est limité à des échantillons individuels de 16 bits (2 octets), mais rien n’empêche d’utiliser une taille d’échantillon plus grande (24 bits, 32 bits, etc.) pour le même nombre d’échantillons par seconde.

Enfin, il n’y a pas de raison de se limiter à deux canaux (son stéréo). À notre ère du « cinéma à domicile », il existe déjà des appareils permettant d’utiliser jusqu’à cinq hauts-parleurs disposés de façon stratégique devant et derrière le spectateur. Là encore, le DVD permet d’offrir une telle multiplicité de canaux sonores, tous à la même qualité exceptionnelle.

Bref, il est clair que, pour les artistes, l’audiophile et même pour le grand public, le DVD offre des possibilités inouïes sur le plan sonore et musical.

Cependant, l’utilisation du DVD pour la musique n’en est encore qu’à son tout début. Cela ne fait que quelques mois qu’on peut désormais acheter, chez des magasins en ligne comme HMV.com ou CDNow.com, des disques de musique vendus dans de nouveaux formats.

Le problème est qu’il existe encore, pour l’instant, plusieurs formats en concurrence les uns avec les autres — comme à l’époque du lancement des magnétoscopes, où l’on avait VHS, mais aussi Betamax et Video2000. Nous savons tous que seul VHS a survécu, même s’il n’était pas le meilleur format des trois. Il risque de se passer la même chose avec le DVD de musique.

Pour l’instant, on a deux formats en concurrence : le DVD Audio et le SACD (Super Audio CD). Et, malheureusement, les lecteurs ne sont pas encore, pour l’instant, compatibles avec les deux formats, qui sont produits par des compagnies différentes. Sony, l’inventeur du CD, est à l’origine du format SACD et vend ses propres SACD de musique, puisque la compagnie est également une maison de disques. Le DVD Audio, quant à lui, bénéficie du soutien de plusieurs compagnies concurrentes de Sony. Chaque format utilise son propre type de lecteur et il n’y a pas de compatibilité entre les deux. (Les deux sont capables de lire les CD ordinaires, cependant.)

On est donc dans une période de transition et nul ne peut prédire, pour l’instant, le format qui recueillera au bout du compte les faveurs du grand public. Il est même possible que les deux formats coexistent et que certains fabricants se mette à vendre des lecteurs capables de lire les DVD Audio aussi bien que les SACD. Tout cela relève de considérations non pas techniques, mais purement commerciales et il n’y a malheureusement pas grand-chose que nous puissions y faire pour le moment.

Les DVD-ROM

L’autre application évidente du DVD-ROM, c’est le multimédia. Si le CD-ROM est un outil remarquable, en particulier pour les pédagogues, il n’en reste pas moins limité par sa capacité (650 MO), qui fait qu’il peut certes contenir beaucoup de texte, mais que sa capacité en images, en son et en vidéo est plus restreinte. Nous connaissons tous ces CD-ROM qui se vantent d’avoir « quinze extraits vidéo » et « deux heures d’extraits audio », mais sur lesquels les extraits vidéo ont la taille d’un timbre-poste et les « deux heures d’extraits audio » sont d’une qualité plutôt moyenne.

Avec le DVD et sa capacité de plusieurs giga-octets, ainsi que l’algorithme MPEG-2 et son équivalent pour la musique, le fameux « MP3 », on se retrouve face à un support véritablement « encyclopédique » par sa taille. Reste bien évidemment à la remplir avec un contenu de qualité…

C’est un marché qui se développe progressivement. On commence maintenant à trouver des DVD-ROM fort intéressants et qui contiennent des films entiers de qualité tout à fait respectable, des centaines de photographies, d’animations, etc. en plus, évidemment, du texte, comme toujours. L’éditeur Montparnasse Multimédia, par exemple, produit plusieurs DVD-ROM « culturels » de langue française d’excellente qualité, comme un DVD-ROM sur l’Égypte avec deux grands récits sur l’histoire et la civilisation égyptiennes, un film interactif plein écran, de nombreuses animations, des liens vers des sites Web, etc.

Ce format est donc appelé à remplacer le « laserdisc », surtout dans le domaine éducatif, puisqu’il permet aussi une exploration de type « interactif ». Les prix restent raisonnables et c’est un support qu’il vaut vraiment la peine d’explorer. Les exigences sur le plan du matériel informatique sont généralement : un Pentium de 266 MHz ou plus avec 48 MO de mémoire vive, Windows 95 ou 98 et un lecteur de DVD-ROM à vitesse double ou un PowerMac G3 de 266 MHz avec 48 MO de mémoire vive, la version 8.5 ou 9 du système et un lecteur de DVD-ROM à vitesse double.

Les DVD enregistrables

L’une des révolutions des dernières années, aussi bien en informatique qu’en musique, a été l’apparition des appareils enregistreurs de CD (CD-R et CD-RW) à des prix défiant toute concurrence. Alors que, au début des années 1990, les appareils enregistreurs de CD valaient encore plusieurs milliers de dollars et étaient réservés à des usages très limités, on en trouve maintenant à 200 ou 300 $ — et les CD vierges sont eux aussi devenus extrêmement bon marché!

La question se pose donc de savoir si le DVD va connaître la même évolution et parvenir à remplacer le magnétoscope non seulement pour regarder des cassettes pré-enregistrées, mais aussi pour enregistrer ses propres émissions!

La réponse à cette question est relativement complexe. À priori, l’évolution va se faire bien plus vite que dans le cas du CD. En effet, les lecteurs de DVD sont sortis il y a à peine deux ou trois ans, mais, dès 1999, on trouvait déjà dans certains ordinateurs des appareils appelés « DVD-RAM » qui permettaient d’enregistrer jusqu’à 5 GO de données sur des cartouches spéciales vendues à environ 60 $ pièce. La technologie DVD-RAM utilise le support DVD, comme son nom l’indique, mais elle ne permet pas d’enregistrer de la vidéo. Elle sert principalement à l’archivage informatique.

La vraie révolution, cependant, est en train de se dérouler à l’heure même où j’écris cet article. Jusqu’à il y a peu, en effet, la production de DVD était réservée aux professionnels : les enregistreurs de DVD coûtaient très cher et il fallait des ordinateurs puissants, des logiciels très chers et beaucoup de patience pour préparer des films à l’enregistrement. Encoder un film d’une heure au format MPEG-2, par exemple, pouvait prendre plus de 10 heures, même avec un ordinateur très puissant.

La société informatique Apple, cependant, vient tout juste de lancer sur le marché un ordinateur (le PowerMac G4 à 733 MHz) qui est livré avec un lecteur-enregistreur de DVD-R et un logiciel intitulé « iDVD » qui permet de concevoir des DVD de qualité quasi-professionnelle (avec menus, fonctions interactives, etc.) — le tout pour moins de 5000 $CDN! De surcroît, grâce à la vitesse de calcul de son processeur PowerPC G4, l’ordinateur parvient à encoder une heure de vidéo en à peine deux heures. Et les DVD-R vierges seront vendus par Apple à 10 $US l’unité.

Tout d’un coup, une technologie qui était encore, il y a quelques mois, l’apanage de quelques rares fortunés devient accessible au grand public. Il suffit, en effet, de posséder un camescope numérique avec une connexion de type « FireWire » (aussi appelée iLink par Sony), un ordinateur comme le PowerMac G4/733, un logiciel de montage vidéo comme le programme « iMovie » (fourni gratuitement avec le PowerMac G4), un logiciel de conception de DVD comme « iDVD » (ici encore fourni gratuitement) et quelques DVD-R vierges — et on a une véritable entreprise de production vidéo quasi-professionnelle sous la main!

Le DVD-R, en effet, à la différence du DVD-RAM, est un format qui peut se lire dans n’importe quel lecteur de DVD. Vous pouvez donc enregistrer des séquences vidéo avec votre camescope numérique, les transférer sur votre ordinateur au moyen de la connexion FireWire, monter votre film à l’aide de iMovie, concevoir un DVD contenant votre film, mais aussi des menus interactifs, des textes, etc. à l’aide de iDVD, graver ensuite le tout sur un DVD-R vierge — et vous avez un DVD que n’importe quel possesseur d’un lecteur de DVD pourra regarder et utiliser!

Il s’agit d’une véritable petite révolution, qui pourrait avoir des implications (et des applications) très intéressantes dans la salle de classe.

La controverse

Tout n’est pas rose, cependant, dans le domaine de la vidéo numérique et il y a plusieurs questions fondamentales qui suscitent ces temps-ci de véritables controverses, qui ne peuvent qu’aller en s’amplifiant.

La première concerne ce qu’on appelle les « régions » pour les DVD. En effet, les grands studios américains craignaient que, si leurs films sortaient sur DVD six mois après la sortie en salles en Amérique du nord, le public d’autres pays, comme les pays d’Europe, où les films américains sortent généralement avec plusieurs mois de décalage, n’achète les DVD américains au lieu d’aller au cinéma. Ils ont donc imposé aux ingénieurs l’adoption d’un système de « régions » en vertu duquel les lecteurs de DVD vendus dans une région donnée ne peuvent lire que les DVD encodés pour cette région. La région « 1 » est l’Amérique du nord. L’Europe est la région « 2 ». Si vous achetez un DVD d’Europe, par conséquent, il y a de fortes chances que vous ne puissiez pas le lire avec votre lecteur de DVD acheté au Canada, parce que le DVD est un DVD de région « 2 » alors que votre lecteur de DVD ne peut lire que les DVD de la région « 1 ».

Il est possible, en fait, de produire des DVD région « 0 » qui peuvent être lus par tous les lecteurs de DVD dans le monde. Malheureusement, peu d’éditeurs tiennent compte de cette possibilité et la plupart des DVD vendus en Europe, et en particulier en France, sont des DVD de région « 2 » — même s’il n’y a, dans la pratique, aucun « risque commercial » pour eux en Amérique du nord.

C’est tout particulièrement fâcheux pour les francophones d’Amérique du nord qui voudraient avoir accès à des films francophones d’Europe et d’ailleurs. À l’heure actuelle, à moins qu’un éditeur nord-américain ne décide de sortir une version « région 1 » pour les francophones d’Amérique du nord, ces films restent inaccessibles. (Ce système de régions ne concerne que les DVD vidéo. Les DVD-ROM n’utilisent pas ce système et peuvent donc être lus par n’importe quel lecteur de DVD-ROM, partout dans le monde.)

On souffrait en fait déjà du même problème avec les cassettes vidéo, puisque le format européen (PAL) était incompatible avec le format nord-américain (NTSC). Mais il s’agissait alors d’une limitation d’ordre technique. Avec le DVD, cependant, la limitation n’est plus du tout d’ordre technique, mais bel et bien d’ordre purement commercial, et c’est bien malheureux pour les communautés minoritaires comme la nôtre.

L’autre controverse concerne la possibilité de faire des copies sur DVD-R de DVD disponibles dans le commerce ou d’enregistrer sur DVD-R des émissions diffusées à la télévision, comme on le fait à l’heure actuelle avec un magnétoscope.

Malheureusement, là encore, les fabricants de lecteurs-enregistreurs de DVD-R ont tellement peur de faire l’objet de poursuite judiciaires de la part des grandes chaînes de télévision et des grands studios américains qu’ils produisent pour l’instant des appareils « bridés » qui ne permettent pas de faire de telles copies ou de tels enregistrements.

S’il est compréhensible qu’on souhaite protéger les droits d’auteur et s’assurer que les artistes soient rémunérés pour leur travail, il est en revanche très discutable de produire des appareils qui empêchent les gens de se livrer à des activités tout à fait légales, comme, par exemple, l’enregistrement d’une émission de télévision pour pouvoir la regarder plus tard ou encore la copie de DVD personnels qui ne seraient pas concernés par les droits d’auteur.

Enfin, il faut bien reconnaître que les grandes chaînes de télévision, les grands studios et les grandes maisons de disques cherchent davantage à protéger leur propre chiffre d’affaires qu’à rémunérer plus justement les artistes qui produisent les œuvres qu’ils diffusent.

Conclusion

On se trouve donc bel et bien dans une période de transition. Rien ne permet de prévoir si le public va « se laisser faire » ou réagir face aux tactiques commerciales de grandes sociétés qui finissent par empiéter sur la liberté privée de l’individu ou par étouffer la diversité culturelle des communautés minoritaires.

Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’on est en pleine évolution — mais surtout, que, dès maintenant, il existe des technologies puissantes et accessibles, comme les lecteurs de DVD-ROM ou le PowerMac G4 d’Apple avec son lecteur-enregistreur de DVD-R, qui ouvrent la porte à de nouvelles applications fascinantes et stimulantes pour les éducateurs partout dans le monde et pour ceux de la communauté de langue française de la Nouvelle-Écosse en particulier.